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01-09-2016

Faire de l’innovation en santé un vecteur de richesse de notre système.

Le système de santé a contribué, grâce au progrès médical, à l’amélioration de l’espérance de vie de l’ensemble de la population. Mais, comme toute médaille a son revers, une prise en charge accrue de patients plus âgés porteurs de pathologies chroniques et une augmentation préoccupante des dépenses de santé s’en sont suivies.

L’innovation en santé est une composante essentielle de la stratégie pour faire face aux enjeux de démographie et d’efficience de notre système.

En effet, pour répondre à la demande des patients et des professionnels, sans peser toujours plus sur les fonds publics, il faut impérativement gagner en efficience et repenser nos modes de fonctionnement. Dans cette perspective, la seule solution logique et réaliste passe par l’adoption réussie des innovations les plus utiles.

En matière de santé, l’innovation ne bénéficie pas d’une définition claire et communément admise. L’OCDE a élargi la définition traditionnelle d’innovation technologique qui englobe désormais produits, procédés, méthodes et organisations, et ajouté le fait qu’une innovation doit être mise en œuvre. Sans diffusion du produit ou du procédé sur le marché et sans l’utilisation effective de la nouvelle méthode organisationnelle sur le terrain, on ne peut parler d’innovation. Par ailleurs, il convient de mettre l’accent sur les bénéfices de l’innovation pour « l’individu, le groupe ou la société », introduisant le concept de « valeur » dans le sens noble du terme. Ainsi, trois étapes majeures se dégagent dans le processus d’innovation : l’invention, l’adoption et la diffusion.

Certaines innovations prennent déjà une importance considérable dans le domaine de la santé : objets connectés, robotique, nanotechnologies, intelligence artificielle, big data, imprimante 3D…

Jacques Attali, dans son ouvrage « Vivement après-demain ! » parle « d’une énorme vague d’innovations ». Mais comment faire en sorte que la région Ile-de-France surfe avec brio sur cette vague et que le secteur de la santé en ressente les effets bénéfiques ?

Le potentiel d’innovation de la région est de tout premier ordre, avec une très forte concentration de ressources. L’Ile-de-France est la première région européenne en matière de recherche technologique avec près de 150 000 professionnels en R&D. La région concentre plus de 40% des dépenses de R&D du pays avec 18,4 milliards d’euros de dépenses annuelles, dont 65% sont le fait d’entreprises. À ces caractéristiques, il convient d’ajouter la densité et la diversité de ses centres de formation et de recherche : seize universités, des grandes écoles d’ingénieurs, de commerce et de management de renommée mondiale. Toutefois, la position de l’Ile-de-France est fragile. Les indicateurs de valorisation de l’innovation, tels le dépôt de brevets et la création d’entreprises innovantes, dénotent une relative faiblesse : la « machine à innover » francilienne montre un rendement encore trop faible. Dans le secteur de la santé, la concentration régionale de ressources d’excellence impacte de façon encore insuffisante l’émergence des innovations et leur adoption.

Face à ce constat et devant la nécessité d’imaginer les organisations de soins de demain, l’Agence Régionale de Santé Île-de-France se pose dès 2013 la question de savoir comment soutenir l’innovation en santé à l’échelle de notre région ? Je veux rendre ici hommage à Claude Evin, alors Directeur Général de l’agence, pour y avoir répondu par la création du Lab Santé Ile-de France. Il a su convaincre nos membres fondateurs, la Chambre de Commerce et d’Industrie de Paris Ile-de-France et Medicen Paris Region, de créer une structure dédiée à l’accélération de la conception et du développement des innovations de santé. L’objectif fixé au Lab Santé consiste à faciliter, stimuler et soutenir les projets de solutions innovantes en santé les plus en adéquation avec les besoins de santé publique identifiés comme prioritaires par les pouvoirs publics. Dans le même temps, cette démarche doit inviter à plus de dialogue avec la filière économique, avec à la clé la multiplication des partenariats publics-privés.

L’offre de services du Lab Santé Ile-de-France est centrée sur la mise en relation et l’accompagnement d’acteurs, publics et privés, qui unissent leurs forces pour réaliser des projets dans le domaine de la santé.

Le Lab aide à la recherche des terrains d’expérimentation, des experts et des partenaires, à la conduite des démarches d’évaluation visant l’optimisation des usages, tant dans les structures de soins qu’en pratique de ville, l’impact positif sur les organisations et la mise sur le marché. Son rôle consiste également à faire une large promotion des innovations « les plus utiles », la diffusion des innovations étant un enjeu majeur pour permettre aux franciliens de bénéficier, en tout point du territoire, de soins de qualité et de prises en charge modernisées et adaptées aux nouveaux modes de vie.

Les enjeux éthiques de ces nouvelles coopérations, ainsi que les questions que ne manqueront pas de poser l’usage des innovations, seront pris en compte par un comité indépendant de réflexion éthique, dirigé par Didier Sicard. Ce comité, installé en octobre, accompagne donc le Lab Santé Ile-de-France depuis le démarrage de ses activités.

Je suis très motivé, heureux et honoré de diriger cette structure originale, et de mettre en œuvre une stratégie de rapprochement opérationnel entre les acteurs institutionnels et économiques du monde de la santé. De mes précédentes fonctions au sein de l’Agence d’Evaluation de la Recherche et de l’Enseignement Supérieur et du Groupement Inter-régional pour la Recherche Clinique et l’Innovation, j’utiliserai les expertises acquises dans le domaine de l’évaluation, de la recherche clinique et des organisations de soins pour faire croître cette structure.

Fervent défenseur des démarches de co-construction, je mettrai tout en œuvre pour que cette mission d’intermédiation confiée au Lab Santé Ile-de-France contribue à faire tomber les multiples barrières entre les structures de soins, les entreprises, les chercheurs et la société civile.

Je souhaite que les innovations ainsi générées répondent à de vrais besoins et améliorent la prise en charge des personnes malades, dans un cercle vertueux pour notre système de santé et tous ses partenaires.

Pr. J-F. DHAINAUT
Directeur

 

 

Crédits photo : ARS Ile-de-France